"Comprendre n'est pas nécessaire. Il est possible de vivre sans comprendre la vie et sans l'étudier, il est possible de communiquer sans comprendre la communication et sans l'étudier. L'intelligence et son produit, un produit historiquement très récent, la science, ne sont pas des nécessités inséparables de l'être. Mais une fois que l'on a choisi non seulement de vivre mais aussi de comprendre, une fois qu'on a choisi de refuser la voie de la solitude et de la schizophrénie, que l'on confirme le choix accompli il y a des centaines de millions d'années par les hommes, lorsqu'ils ont commencé à parler, et que l'on choisit en outre la voie de l'intelligence et de la raison, la construction d'une théorie intégrale de la communication devient une obligation à laquelle une culture ne peut se soustraire sans renier les choix fondamentaux sur lesquels elles s'édifie. Et puisque communiquer ne consiste pas à aligner des formes acoustiques par plaisir, mais des formes acoustiques qui remplissent les fonctions de signaux, qui communiquent quelque chose (et c'est précisément cela, le langage), on voit mal comment on pourrait raisonnablement soutenir que l'étude et la compréhension des langues doivent être restreintes à la simple analyse des formes. Non plus au nom d'une argumentation plus ou moins brillante, mais au nom de tous ceux qui ont parlé et qui parlent, et au nom de l'intelligence de l'homme, nous pouvons et nous devons demander à la linguistique de ne pas se limiter à ne considérer que les aspects extrinsèques des phénomènes qu'elle étudie." Tullio de MAURO, Une introduction à la sémantique, page 142-143, Payot, Paris, 1969.