lundi 22 février 2016

Bagage

C'est le livre des livre. Ce livre à la couverture bleue, en cette édition de poche (Petite Bibliothèque Payot), sur vilain papier, le livre le plus intelligent, le plus communicatif, informatif, intéressant, formateur, émancipateur qui soit, pourvu que l'on en soit un lecteur sincère... Lecteur sincère, j'ai dit. Il y a, à mon avis, presque tout ce qu'il y a à savoir sur tout, une fois pour toute, sur le cœur humain, le sien et ceux des autres, avec même tout ce que l'on voudrait ne pas savoir, jusqu'à ne pas vouloir en savoir autant, entre ce que l'on dit et ce que l'on ne dit pas et que l'on entend que trop.
Ce livre, en cette traduction là, pendant l'été de mes 16 ans, puis l'été de mes 17 ans, je l'ai lu, et relu seule, sans prescripteur ou tuteur, ni personne à qui en rendre compte, hormis la volonté et le désir irrépressible de savoir par soi-même. Peut-être aussi qu'il fallait avoir 17 ans, et l'inconscience de cet age... C'était un bagage pour la vie. L'été suivant et parce que j'avais 18 ans, je partais avec un sac à dos et un Pass illimité InterRail, je visitais toutes les capitales d'Europe... Cette liberté-là.

dimanche 21 février 2016

Plume légère


Cette histoire, c'est une lettre. Une feuille de papier pliée, dans une enveloppe scellée, quelques mots qui concèdent à son correspondant un : "Je vous vous aime depuis toujours, pour toujours". Signé de mon nom. Pas plus.
C'était quand même pas un crime ?
Sinon, au secours ! 
Ca ? Plutôt qu'en rire ?
En rire pour ne pas en pleurer,
En rires riants,
Eclatant de rire...
Pour ne pas éclater en...
A part ça, je suis là, inchangée. Et voyez comme je suis, entendez bien qu'il n'y a pas d'erreur, aujourd'hui comme hier, incorrigible, chaque jour de ma vie, OUI, inlassablement en poésie, et courageusement quand j'écris : J'AIME... C'est comme si à la cantonade, je criais par dessus tout et tous des : "JE VOUS AIME DEPUIS TOUJOURS, POUR TOUJOURS", envoyés à la création, à l'adresse de ce qui est beau, vrai et juste, facile ou pas, signés à la légère d'un nom de plume.

De Quincey :


Portraits littéraires, traduit et présenté par Isabelle Py Balibar, De Quincey, Editons José Corti, Domaine Romantique. 

 De  grands poètes : Coleridge, Wordsworth et Southery vivent dans la région des lacs du Westmorland où de Quincey choisi de s'installer (comme le feront plus tard les John Ruskin, Beatrix Potter...). Il en arpentera à pied les larges espaces aux vallées sinueuses, parfois abrupte, aux sommets arrondis héritages d'ancien glaciers qui ont cédé la place à des lacs dont les eaux miroitante reflètent les ciels de saison...

Ce livre est un recueil d'articles hétéroclites égrainés au fil du temps, écrits sans recul, comme nez à nez sur ce petit monde microcosme de grands poètes romantiques qui ont jeté là leur dévolu et recréé un entre soi, une famille, inventant une sociabilité nouvelle de gens de lettres. Cette prose terre à terre, ingrate à plusieurs titres est à l'image de cette région rurale et hors de son époque, non dénué de charmes.


"Ce que l'on peut déduire surtout des attraits de Mademoiselle Wordsworth et de l'intérêt extrême dont elle était l'objet en raison de son caractère, de son histoire et des rapports qu'elle entretenait avec son frère, c'était l'obliquité furtive de ses gestes et d'autres détails de son maintien (telle que sa démarche voûtée) qui conféraient à sa silhouette un aspect gauche, lui ôtant, hors de chez elle, tout attrait sexuel. Elle ne cultivait pas les grâces qui sont l'apanage du sexe et l'essentiel de son comportement. En revanche, elle avait des qualités intellectuelles remarquables, et en plus des grands services qu'elle rendait à son frère, je puis mentionner celui-ci, plus important encore, dont elle faisait profiter tous ceux qui l'accompagnaient dans ses promenades -à savoir la sympathie extrême, toujours disponible et toujours profonde, qui lui permettait de répercuter, pour ainsi dire, à plusieurs reprises, sur les sentiments de ses compagnons de promenade, grâce à l'impression évidente que cela exerçait sur elle, tout ce qu'on pouvait lui dire, tout ce qu'on pouvait lui décrire, tout ce qu'on pouvait citer d'un auteur étranger. Les vibrations de la lumière ne sont pas plus rapides ni plus inévitables dans leur courant et leur ondulation, que ne l'était sa sympathie attentive en réponse, et comme en écho, aux propos de ses interlocuteurs. Doué d'une connaissance de la littérature inégale et construite de façon non systématique, elle se satisfaisait d'ignorer quantité de choses, mais ce qu'elle savait et possédait à fonds reposait là ou rien ne pouvait venir le déranger, dans le temple de son cœur passionné." ( p 138.)