vendredi 25 décembre 2009

Yamanobe Teruhisa

Avec vues sur une Drôme Japonisante
Le peintre Yamanobe Teruhisa est né au Japon, sur l’ile principal de l’archipel nippon, en 1956, au milieu des montagnes Azuma, près de Fukushima, une localité qui a pour emblème le pêcher en fleur et la mésange charbonnière familière : tête noire, joues blanches, dos bleuâtre, ventre jaunes…

Une vie ordinaire avant l’Europe
La famille Yamanobe qui travaille la terre, tient à ce leur fils fasse des études, alors il fait son droit et poursuit une carrière dans une société publicitaire. A 35 ans, Teruhisa ose un voyage en Europe qui bouleverse tout. Dans les musées qu’il parcourt en Hollande, en France, en Espagne, comme en Italie, il découvre, alors, les œuvres des peintres qu’il ne connaissait qu’en reproduction. Le choc est réel, et induit un changement de vie radical, dorénavant il en a définitivement fini avec le métier de juriste, il rompt avec tout ce qui à fait sa vie jusque là.

Apprentissage de la peinture
Yamanobe Teruhisa sera peintre. Il doit tout apprendre, à commencer par les bases du dessin et de la peinture. Auprès de restaurateur de musée, il travaille en copiste les techniques à l’ancienne, celle de Rembrandt, du florentin Masaccio, de Caravage l’inventeur du clair obscur, du représentant majeur du classicisme Poussin, puis le chef de file du courant réaliste Courbet, etc. Les compositions de Yamanobe seront donc classiques, marqué d’une volonté de rejoindre une tradition qu’il a fallu s’approprié par apprentissage, à contre courant de la génération contemporaine de peintres occidentaux. Ce qui ne l’empêche pas de s'affirmer à travers son art, avec par exemple, sur bords de ses toiles, un ‘non finito’ caractéristique : une marge flouté, où la matière et la peinture pause, hésite, entre ce qui ce qui EST et n’est pas, affirmant le choix décisif d’une représentation figurative.

Des glacis poncés
Parmi toutes les techniques, Yamanobe choisi de travailler à façon, l’huile sur toile, par couches de peinture, des glacis posés, qu’il faut laisser sécher puis poncer, 8 à 10 fois, pour en atténuer les épaisseurs. C’est 3 à 4 mois de travail pour chaque tableau. Une technique qui demande du temps et qui de fait, n’autorise qu’une quarantaine d’œuvres par an, guère plus. Vivant à Paris, Yamanobe travaille d’après photo, en atelier. Ses sujet d’inspiration sont des natures mortes à la Chardin, des nus d’homme, aussi, et puis, inspiré des vergers Normands, des séries féériques de pommiers en fleur, mais encore, surprise… Nouvellement sorties de l’atelier des paysages de la Drôme Provençale. Des vues de la plaine de la Valdaine, c'est-à-dire des vues des environs de Cléon d’Andran, prélevées entre La Bégude de Mazenc, Marsanne, Puy Saint Martin, Montélimar…

La plaine de la Valdaine
Un paysage méconnu, découvert par le peintre lors de sa première exposition en 2007 à la galerie Art du temps... Là, des œuvres de Yamanobe le Japonais, un homme d’ailleurs, une technique d’hier, et un certain regard porté sur des paysages, nôtres, aux couleurs sourdes et chaudes, dans une lumière rasante du soir ; là, des vues étranges et pourtant familières, qui nous parle d’ici et d’ailleurs. Marie-Claude Jarrias

YAMANOBE TERUHISA est à voir à la Galerie Art du Temps, du 12 novembre 2009 au 10 janvier 2010. Ouvert du jeudi au dimanche 10h30-12h30 et 15h-19h, et sur rendez-vous (galerie fermée le 25 décembre et le 1er janvier). Place de l’Eglise, 26450 Cléon d’Andran, tel : 0475004658.

Postscriptum aux lettres de la Marquise de Sévigné

Charles de Sévigné, fils mâle aimé ?
Le roman de Bruno de Cessole, Le moins aimé, est à apprécier comme un cas d’école, bluffant, qui réussi une sorte d’hold up littéraire et historique en détournant sur son héros, la fortune et la postérité de l’œuvre de Madame de Sévigné (trois tomes aux éditions de la Pléiade ). Si l’œuvre épistolaire de la marquise égale celle de nos plus grands auteurs, son originalité réside dans le fait qu’il s’agit d’un corpus de lettres de famille, sinon de lettres privées, qui ont comme outrepassé leur audience confidentielle, parce point destinées à être publiées. Investi d’une verve familiale « familière », autorisé par sa généalogie, puisque descendant de la marquise, Bruno de Cessole, écrivain et critique littéraire, ne pouvait commettre forfait plus habile et légitime. A travers l’alias et alter ego qu’il s’est choisi en Charles, le fils, l’auteur s’immisce auprès de son illustre aïeule, pour intercéder et plaider, défendre et recadrer à l’amiable les points litigieux d’une œuvre posthume, sur lesquels, les biographes les plus avertis se perdent en conjonctures infructueuses. Pour reprendre le titre de Bruno Cessole, Le moins aimé ne pouvait comparaître en étant plus prévenant et attentionné à l'égard de celle, par laquelle il procède, pour se concilier et réconcilier à sa suite, les lecteurs les plus regardants.
Abordé la suite des lettres de la Marquise, le livre de Cessole se recommande comme un postscriptum inspiré, pour les spécialistes et connaisseurs de l’épistolière, c’est aussi un livre à lire comme un roman, telle une introduction gracieuse vers Mme de Sévigné, sa vie, son oeuvre, son siècle. MC Jarrias

Bruno de Cessole, Le moins aimé : Editions de La Différence, 2009, 283 pages. 17 €

jeudi 10 décembre 2009

mardi 8 décembre 2009

Citations du livre de Muriel Barbery

L'élégance du hérisson de Muriel Barbery (2006), Prix des Libraires 2007, est sorti en poche le 25 aout 2009... En film le 3 juillet 2009. Droits achetés dans plus de 35 pays...
Ci-dessous, citations sur la "Contamination de la culture légitime et culture illégitime"
Ce matin, en écoutant France Inter, j’ai eu la surprise de découvrir que je n’étais pas ce que je croyais être. J’avais jusqu’alors attribué à ma condition d’autodidacte prolétaire les raisons de mon éclectisme culturel. Comme je l’ai déjà évoqué, j’ai passé chaque seconde de mon existence qui pouvait être distraite au (du) travail à lire, regarder des films et écouter de la musique. Mais cette frénésie dans la dévoration des objets culturels me semblait souffrir d’une faute de goût majeure, celle du mélange brutal entre des œuvres respectables et d’autres qui l’étaient beaucoup moins.
C’est sans doute dans le champ de la lecture que mon éclectisme est le moins grand, quoique ma diversité d’intérêts y soit la plus extrême. J’ai lu des ouvrages d’histoire, de philosophie, d’économie politique, de sociologie, de psychologie, de pédagogie, de psychanalyse et, bien sûr et avant tout, de littérature. Les premières m’ont intéressée ; la dernière est toute ma vie. Mon chat, Léon, se prénomme ainsi parce que Tolstoï. Le précédent s’appelait Dongo parce que Fabrice del (Dongo héros de La Chartreuse de Parme de Stendhal). Le dernier avait pour mon Karénine parce que Anna mais je ne l’appelais que Karé, de crainte qu’on ne me démasque. Hormis l’infidélité stendhalienne, mes goûts se situent très nettement dans la Russie d’avant
1910, mais je me flatte d’avoir dévoré une part somme toute appréciable de la littérature mondiale si l’on prend en compte le fait que je suis une fille de la campagne dont les espérances de carrière se sont surpassées jusqu’à mener à la conciergerie du 7 rue de Grenelle, et alors qu’on aurait pu croire qu’une telle destinée voue au culte éternel de Barbara Cartland. J’ai bien une inclinaison coupable pour les romans policiers – mais je tiens ceux que je lis pour de la haute littérature. Il m’est particulièrement pénible, certains jours, de devoir m’extirper de la lecture d’un Connelly ou d’un Mankell pour aller répondre à un coup de sonnette de … ou de… dont les préoccupations ne sont pas congruentes aux méditations de Harry Bosch, le flic amateur de jazz du LAPD, spécialement lorsqu’ils me demandent
- Pourquoi les ordures sentent jusque dans la cour ? p81-82

Au chapitre cinématographique, en revanche, mon éclectisme s’épanoui. J’aime les blockbusters américains et les œuvres du cinéma d’auteur. En fait, j’ai longtemps consommé préférentiellement du cinéma de divertissement américain ou anglais, à l’exception de quelques œuvres sérieuses que je considérais avec mon œil esthétisant, l’œil passionnel et empathique n’ayant d’accointances qu’avec le divertissement. Greenaway suscite en moi admiration, intérêt et bâillements tandis que je pleure comme une madeleine spongieuse chaque fois que Melly et Mama montent l’escalier des Butler après la mort de Bonnie Blue et tiens Blade Runner pour un chef-d’œuvre de la distraction haut de gamme. Pendant longtemps, j’ai considéré comme une fatalité que le septième art soit beau, puissant et soporifique et que le cinéma de divertissement soit futile, réjouissant et bouleversant. p83

A la poursuite d’Octobre rouge était le film de notre dernière étreinte. Pour
qui veut comprendre l’art du récit, il n’est que de le voir ; on se demande pourquoi l’Université s’obstine à enseigner les principes narratifs à coups de Propp, Greimas ou autres pensums au lieu d’investir dans une salle de projection. Prémices, intrigues, actants, péripéties, quête, héros et autres adjuvants : il vous suffit d’un Sean connery en uniforme de sous-marinier russe et de quelques porte-avions bien placés. p88

Or, disais-je, j’ai appris ce matin sur France Inter que cette contamination de mes aspirations à la culture légitime par d’autres inclinaisons à la culture illégitime ne constitue pas un stigmate de ma basse extraction et de mon accès solitaire aux lumières de l’esprit mais une caractéristique contemporaine des classe intellectuellement dominantes. Comment l’ai-je appris ? De la bouche d’un sociologue, dont j’aurais passionnément aimé savoir s’il aurait lui-même aimé savoir qu’une concierge en chaussons Scholl venait de faire de lui une icône sacrée. Etudiant l’évolution des pratiques culturelles d’intellectuels autrefois baignés de haute éducation du lever au coucher et désormais pôle de syncrétisme par où la frontière entre la vraie et la fausse culture se trouvait irrémédiablement brouillée, il décrivait un titulaire de l’agrégation de lettres classiques qui eût autrefois écouté du Bach, lu du Mauriac et regardé des films d’art et d’essai, et qui, aujourd’hui, écoute Haendel et MC Solaar, lit Flaubert et John Le Carré, s’en va voir un Visconti et le dernier Die Hard et mange des hamburgers à midi et des sashimis le soir.
Il est toujours très troublant de découvrir un habitus social dominant là où on croyait voir la marque de sa singularité. Troublant et peut-être même vexant. Que moi, Renée, cinquante quatre ans, concierge et autodidacte, je sois, en dépit de ma claustration dans une loge conforme, en dépit d’un isolement qui aurait dû me protéger des tares de la masse, en dépit, encore, de cette quarantaine honteuse ignorante des évolutions du vaste monde en laquelle je me suis confinée, que moi, Renée, je sois le témoin de la même transformation qui agite les élites actuelles – composées de petits … khâgneux qui lisent Marx et s’en vont en bande voir Terminator ou de petites … qui font leur droit à Assas et sanglotent devant Coup de foudre à Notting Hill – est un choc dont je peine à me remettre. Car il apparaît très nettement, pour qui prête attention à la chronologie, que je ne singe pas ces jouvenceaux mais que, dans mes pratiques éclectiques, je les ai devancés.
Renée, prophète des élites contemporaines.
-Eh bien, eh bien, pourquoi pas, me dis-je en extirpant de mon cabas la tranche de foie de veau du chat puis en exhumant, au-dessous, bien emballés dans un plastique anonyme, deux petits filetst de rougets barbets que je compte laisser mariner et conséquemment cuire dans un jus de citron saturé de coriandre. P88-90