mardi 2 juin 2009

Maureen Mc Cormick

1er Prix du Salon de Peinture de la Ville de Montélimar

Dans le sud de la Drôme, et alentour, on a appris à connaitre Maureen McCormick et son art. On est nombreux à être venue à l’un de ses vernissages qui ponctue au fil des ans ses expositions, depuis 9 ans. L’hiver dernier, à la suggestion d’une de ses élèves, elle a participé au 44ième Salon de peinture de la Ville de Montélimar. Il y avait plus de 200 toiles et autant d’artiste, elle a été choisie par le jury pour le 1er prix de la ville de Montélimar. Un prix important, doté d’un chèque de plus de 1000 Euros. Et peut-être, à la clé, une exposition à Montélimar pour 2010.
Maureen est Américaine. Elle arrivée en France, l’été 2000, avec sacs et bagages, pour quelques semaines de vacances. Elle accompagnait une amie Kelly de Sante. Toutes deux, elles s’installent, à la campagne près de Grignan dans une vieille maison en pierre entourée de lavande et de vigne. C’est la première fois que Maureen est en France, et tombe amoureuse de tout ce qu’elle voit et goûte. Elle décide alors de rester, de ne pas repartir… Elle ne parle pas Français, n’a pas de voiture, de télé, elle ne connait personne et vit isolée dans une maison qu’il faudra quitter avant l’hiver… Mais tout est possible.

Plusieurs fois par semaine, par un chemin de terre, elle vient au village, distant de 4 – 5 km, pour faire ses emplettes. Au fur et à mesure, elle fait des rencontres et se débrouille pour passer par-dessus les obstacles du langage. C’est une vie spéciale, mais il faut dire que Maureen est artiste peintre et qu’elle a décidé de consacrer sa vie à son art. Libre de faire ce qu’elle veut, elle est totalement occupée par ce qui l’anime et peint chaque jour. Elle montre ce qu’elle fait, et parfois vends ses peintures. Avec le peu qu’elle gagne, elle s’autofinance et trouve une location en rez-de-chaussée dans la rue du Petit Faubourg de Grignan. C’est en face de la famille Heinz, à qui elle s’adressera, par exemple, pour changer une ampoule à baïonnette, qui n’existe pas en Amérique. Elle improvisera, porte ouverte, son premier atelier d’artiste. Plus tard, elle passe du Petit Faubourg, au Grand Faubourg de Grignan, près de Josette et Charlou Charpenel, où un grand atelier l’attend et où les expositions se succèdent et se renouvellent plusieurs fois par an.
Il y a 9 ans, Maureen arrivait des Etats-Unis, mais comme on dit : elle revient de bien plus loin encore, puisqu’elle est en rémission d’une maladie grave : le cancer. Depuis sa chimiothérapie, ses cheveux n’ont pas retrouvé leur vigueur et elle prend encore des médicaments sous prescription. En amont de cette maladie, elle vivait sur une des île les plus réputées d’Amérique, près du Cap Cod entourée de l’océan Atlantique : Martha’s Vineyard. Ses trois enfant sont élevés, et tandis qu’elle mène sa petite entreprise d’entretient et peinture en bâtiment à des fins alimentaire, elle grignote cahin caha du temps pour peindre, se choisir un mentor Grant Joslyn, prendre ou donner des cours, et assurer quelques expositions collective ou solo…
L’annonce de sa maladie est une rupture totale. Elle ne peut plus travailler. Il s’en suit des hospitalisations pour des traitements éprouvants et des semaines de convalescence. Elle ne rentre plus chez elle, et réside alors chez l’une de ses filles. Dans ce bannissement, qui est aussi exil et errance, son art est un refuge, à la fois évasion, raison de vivre, consolation, oubli du mal. C’est aussi le journal de sa vie en sursis. Les traitements sont tels que leur effets secondaires sont pires que ce qu’ils sont supposés soigner. Pendant un temps Maureen perd l’usage de ses mains, elle en viendra à peindre avec ses orteils. Mais l’art est au dessus de tout et fait parti du processus de guérison. Quand elle retrouve l’usage de ses bras, elle fait fi de tous les handicapes et se met au défi à peindre de la main gauche, la main « non-dominante ».

Il s’en suit que Maureen réussit à vivre de son art, elle peint et expose ses œuvres, et enseigne. En bonne voie, en rémission de la maladie, elle décrochera, pour plusieurs mois, une résidence d’artiste au bord du Pacifique en Californie. Mieux encore, à travers son art, c’est une renaissance qui s’opère. Elle se plait à rêver sa vie, sans plan de carrière, et le pari que tout se passera bien. Elle fait un premier aller-retour en Irlande, pays de ses origines (son nom et prénom est typiquement Irlandais). Enfin, elle s’installe à Grignan, grâce a sa double nationalité (sa mère est née en Angleterre). Chaque année, elle rentre en Amérique pour rejoindre les siens, dispersé dans plusieurs Etats. Depuis 2003, grâce aux amis américains, James Mullaly et kathy Simmons, elle est, plusieurs semaines par ans, professeur d’Art Plastique à la Webster University, de Genève, l’antenne d’une université américaine en Suisse, où les 500 étudiants qui la compose viennent de 90 pays.

Maureen peint tout ce qui l’entour : des portraits, des bouquets, des intérieurs, des natures morte, avec notamment les porcelaines de son amie Mireille Favregon de Grignan avec qui elle expose en duo. Chaque année, Maureen fait 4 à 5 expositions, et son travail est simultanément exposé en France dans trois galeries à Lyon, Uzès et Carcassonne. Elle est aussi dans des galeries de Chicago et New York. Aujourd’hui Maureen, vit entourée de champs et de bois truffiers, non loin de Grignan, et continue de s’inspirer des paysages qui l’environnent. Elle peint d’après nature. Pour elle, tout change si vite qu’il faut peindre rapidement. Il y a toujours quelque chose à peindre.

Marie-Claude Jarrias (La Tribune de Montélimar 4 juin 2009)


A voir : Maureen Mac McCormick à la Maison de la Tour, à Valaurie, du jeudi 21 mai au Dimanche 28 juin 2009, tel 04 75 98 52 23,
http://www.maison-de-la-tour.fr/ . Egalement, à la Maison de la Tour, les peintures de Shaun Day, les sculptures de Christina James Nielsen et les céramiques de Véronique Vial-Seu.