mardi 24 août 2010

La vie de Nicolas de Staël

Le Prince foudroyé
par Laurent Greilsamer
Dès le titre : Le Prince foudroyé, le lecteur ne peut que s'attendre au récit d'une vie, hors du commun, que les assauts du destin et du siècle n'épargneront pas. Déjà, Nicolas de Staël, n'a que trois ans et demi, lorsque, chassé par la Révolution Russe de 1917, il quitte la forteresse Pierre-et-Paul avec ses parents. Pour parer à toute éventualité, les bijoux sont cousus dans la robe de la nounou et le reste des pierres précieuses sont dissimulées dans une miche de pain. Saint-Pétersbourg récemment rebaptisée Petrograd, pour faire moins Allemand, est en train d'agonir. C'est la fin d'un monde, celui de la Russie et de son aristocratie, dont la famille de Staël fait partie.
Dès les années 30, la légende d'aristocrate russe, orphelin abandonné, tombé du ciel, tel une météorite, vaut à Nicolas le surnom de 'Prince'.
Il suit des cours à l'Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles, où on le décrit, distant et nonchalant, mélancolique et supérieur, expert en apparitions brèves, semblant errer parmi ses compagnons. Très tôt, il a la conviction que l'on peint avec sa tête et son ventre, pas avec ses connaissances. De 'Prince', il n'en a que le sobriquet, il est, et restera longtemps, de Bruxelles à Paris et tout le long de ses pérégrinations, un locataire itinérant et famélique, c'est la vie de bohème. C'est d'ailleurs cette vie de misère, avec la faim et le froid qui aura raison de sa première compagne : Jeannine Guillou, peintre de son état, rencontrée au Maroc. A sa mort, Nicolas se remariera presque aussitôt avec Françoise Chapouton.
Sa vie durant, le Prince n'aura eut qu'une raison d'être, celle de peindre : « Ma seule préoccupation fut et sera toujours de peindre, quelque soit mon état moral et matériel. ». Durant la guerre et l'occupation nazi, le cubisme et l'art abstrait sont qualifiés d'art 'dégénéré' et les peintres novateurs se serrent les coudes. A la libération, les Parisiens se bousculeront aux portes des salons d'art moderne où l'on fait fête aux artistes. De Staël invente, alors, un style personnel qui surprend et irrite, tout en suscitant l'intérêt de ses pairs et des poètes. Quelques rares amateurs d'art le soutiennent dans ses années de vache maigre. Il travaille sa peinture en épaisses couches de pigments qui alourdissent singulièrement ses toiles, et qui sont parfois, si larges, qu'il faut forcer les cadres des fenêtres pour les faire entrer dans l'atelier.
Malgré la tendance du peintre à l'abstraction, Nicolas de Staël ne sera jamais complètement abstrait. Il garde toujours devant les yeux ou en mémoire la source d'inspiration. Peintre pur, il n'explique pas sa peinture et laisse aux autres le soin de donner les titres. Enfin, en 1953, une galerie à New York expose de Staël, l'engouement, qui a commencé avant-même le vernissage, est général. Désormais les musées et les plus prestigieuses collections se disputent les toiles. Aucune toile n'est trop chère payée et, chez les marchands, les prix flambent. Mais le sort est impitoyable. Ayant enfin beaucoup d'argent, après en avoir si cruellement manqué, Nicolas de Staël rejoint le Panthéon des artistes maudits en se suicidant le 16 mars 1955 à Antibes. Depuis la légende du peintre n'en fini pas de hanter les vivants qui, à l'exemple du biographe Laurent Greilsamer, n'ont cesse de sonder ce destin hors norme.
La vie de Nicolas de Staël par Laurent Greilsamer, peut se revendiquer d'une solide tradition journalistique. Ici point d'affabulation, mais une étude étayée de documents, d'archives d'époque et témoignages inédits. Par son sérieux et sa rigueur, cette biographie est la biographie de référence sur Nicolas de Staël.  mcj (Article parut en 1999 dans la Tribune de Montélimar à l’occasion d’une conférence de Laurent Greisalmer à l’Atelier-Musée du livre et de la Typographie à Grignan)