Une histoire en carte postale
Ce n’était pas prévu, Émile Loubet se retrouve propulsé : Président de la République...
Ce n’était pas prévu, Émile Loubet se retrouve propulsé : Président de la République...

Cet homme sans histoire, aussi prédictible que les
arrêts en gare du chemin de fer, avait au cours de sa vie accédé à tous les
échelons législatifs, tous sauf un. À 60 ans, à la veille de décrocher son
wagon et rentrer dans sa Drôme natale, suite à la mort soudaine de Félix Faure,
cet ancien ministre et président du Sénat est élu à l’Élysée, le 18 février 1899.
Sans attendre, Émile Loubet change de train et prend les manettes de la
locomotive de l’Histoire en marche. Président de la République, il a eu la lourde
charge d’essuyer et résorber les contre coups féroces de l’affaire Dreyfus. En
occupant la plus haute fonction de l’État qu’il représente, il révèle des
aptitudes d’envergure et tient le cap, dans un pays désuni, difficile à
gouverner (séparation de l’église et de l’état), cerné par une Europe morcelée
en autant de royaumes et empires rivaux avec pour chacun des intérêts
divergents et des zones d’influences qui s’étendent de part et d’autre du
globe. En sa fonction, un septennat durant, Émile Loubet aura tenu tête à tous
les ennemis de la République que l’on atteint en l’atteignant.
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Loubet en coq gaulois
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C’est dire si à la veille du centenaire de la
Première Guerre mondiale, l’exposition ambitieuse et didactique de Montélimar
répartie sur trois étages : "Émile Loubet voyages d'un Président
diplomate", consacrée à la politique étrangère sous la présidence d'Émile
Loubet est, au regard des prochaines commémorations de la guerre de 14-18,
d’une absolue pertinence ! Sachant que les deux premiers niveaux du musée
sont réservés à la présentation des relations diplomatiques du Président, avec
une partie consacrée à la politique, à travers la caricature publiée sur cartes
postales et la presse satirique. Le dernier étage touche aux voyages et
réceptions dans son aspect organisationnel et protocolaire : programme, menus,
cadeaux, produits dérivés...
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| Loubet animal king |
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| La danse des œufs |
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| The cake walk |
Même si Émile Loubet a eu des raisons de déplorer
les caricaturistes, il se reste que les artistes de cette époque ont eu recourt
à d’intéressantes simplifications pour une histoire complexe. Curieusement ces
détracteurs d’hier se retrouvent, dans le cadre de notre exposition, auteurs
d’efficaces raccourcis ou résumés de la grande histoire, où pour pasticher
certaines accroches en matière éditoriale, c’est un peu l’histoire en
s’amusant… même si pour paraphraser l’affiche (présente à l’expo) de Victor
Lenepveu et sa série typique de caricatures, c’est aussi un « Musée des
horreurs » ! Car les ellipses de cette histoire sont souvent opérées au
détriment de l’image ou figure présidentielle, malmenée plus souvent qu’à son
tour, mais on dira que c’est la loi du genre qui veut ça…
Loubet, qui fut une des personnalités les plus caricaturées de son temps, a pu certes déplorer ces représentations irrespec-
tueuses, non sans raison, puisque ces cartes sont restées longtemps des pièces à charge d’un bilan stigmatisant. Cependant cette exposition permet aussi de reconnaître à Loubet, c’est tout à son mérite, des facultés de tolérance et de magnanimité, puisqu’il n’a jamais eu la tentation de remettre en cause l’usage de la liberté de la presse qui bénéficie avec son mandat, sous son septennat, d’une permissivité inouïe, qui contrebalance les répressions sanglantes qui appartiennent à l’histoire des opinions et de la liberté d’expression. On sait que peu de temps encore, avant Loubet, les lois dites « Scélérates » encadraient très rigoureusement les libelles ou délits d’opinions anarchistes, par de lourdes sentences : prison à vie, déportation et surtout… la peine de mort.
Au seuil du XXe siècle, au temps des attelages de
chevaux, les voyages d’envergure sont facilités par le réseau de chemin de fer
et des voies navigables. Soucieux de servir son pays durant tout son septennat,
le Président Émile Loubet se prête de bonne grâce au protocole diplomatique qui
est partie intégrante de sa fonction. À son tour, la carte postale officielle
devient même un produit dérivé, outil de promotion, éditée pour l’occasion lors
des réceptions et voyages du Président. Mais où qu’il soit, en ses missions au
sommet, Émile Loubet n’oublie pas pour autant son pays de Montélimar. Avec les
caricaturistes, l’anecdote locale jouxte la grande histoire, à travers un Président
Loubet mis en scène de façon récurrente en train de régaler ses homologues de…
nougat, cadeau présidentiel par excellence, non, éloigné d’une étymologie
fantaisiste (ou pas) qui associe la friandise à l’exclamation : «Mais tu
nous gâtes !». Aux antipodes des Palais d’Angleterre, de Russie (accessible par
la Baltique pour contourner l’Allemagne), des châteaux d’Espagne ou des palaces
d’Italie, ou même les tentes Berbères d’Algérie, pour ses voyages à caractères
privés, le Président n’aimait rien moins que rentrer aussi souvent que possible
dans sa bonne ville de Montélimar, en son pays de la Drôme du Sud, où Émile a
encore sa mère, dans sa ferme natale de Marsanne jusqu’en 1905.
Au terme de son mandat en février 1906, Émile
Loubet se retire du monde politique, où il vit encore de nombreuses années,
jusqu’en 1929, en gentleman-farmer,
dans son château récemment acquis à la Bégude de Mazenc sur Roubion, à
mi-chemin de Marsannes, Montélimar et Grignan où vit son frère médecin. Il
garde toutefois une adresse parisienne, non loin du Panthéon, rue Dante, un
appartement bourgeois dans un immeuble haussmannien qu’il loue à un notaire de Donzère, car son
plus jeune fils n’a pas fini ses études. En février 1906, sept ans jour pour
jour après son élection, arrivé à bon port, si l’on peut dire, Émile Loubet
passe les pouvoirs à son successeur Armand Fallière. Invité quelques jours après à un
banquet Républicain de la Drôme à Paris, 340 convives, 700 personnes sont
présentes, Émile prononce ces mots qui en passent par une métaphore du
voyage :
« Vous
me voyez à la fois heureux et confus ; heureux de me trouver au milieu de
mes compatriotes et amis de la Drôme, confus de vous entendre dire beaucoup de
choses trop élogieuses pour moi. Oui, heureux, je suis, après sept années,
d’être revenu dans la Drôme… à Paris. Il me semble que j’ai fait un rude
voyage, mais les souvenirs lointains me permettent d’en oublier certaines
péripéties… »
Marie-Claude
Jarrias
Exposition: "Émile Loubet voyages d'un Président diplomate" (2013) à voir au Musée de la Ville, Musée de la Miniature (face à la poste), 19, rue Pierre Julien, 26200 Montélimar. Tél :04 75 53 79 24. Ouvert en Juin, juillet, août : tous les jours, de 11h à 18h. Septembre à décembre : du mercredi au dimanche de 14h à 18h.
Exposition: "Émile Loubet voyages d'un Président diplomate" (2013) à voir au Musée de la Ville, Musée de la Miniature (face à la poste), 19, rue Pierre Julien, 26200 Montélimar. Tél :04 75 53 79 24. Ouvert en Juin, juillet, août : tous les jours, de 11h à 18h. Septembre à décembre : du mercredi au dimanche de 14h à 18h.






