Le décodage d’une égodicée :
(…) Le corps du philosophe est d’une nature singulière : hyperesthésique, écorché, fragile et fort en même temps, puissant et délicat, mécanique de précision capable de performances sublimes, mais, de part la précision, mécanique sujette aux dérèglements infimes. Corps d’artiste, corps haut de gamme destiné à la connaissance par les gouffres - selon l’heureuse expression de Michaux.
Sa matière engrange des énergies considérables à même de faire plier, ployer, casser un être en deux. Des forces, des tensions, des nœuds ontologiques travaillent sans cesse l’intérieur de cette machine pas seulement désirante mais aussi nucléaire - à tous les sens du terme. L’enfance, mais avant elle-même, la préhistoire inconsciente, accumulent des informations comme autant de charges électriques qui entrent en relations conflictuelles. La résolution de ce conflit suppose ce hapax existentiel : ce moment signe l’issue favorable et heureuse à ce qui, sinon, aurait probablement détruit l’être.
La psychanalyse freudienne, et ses rejetons divers, focalise sur un mécanisme psychique autonome bien trop peu en relation avec la matérialité de l’histoire. L’époque, la famille, le lieu, le milieu, l’éducation, les rencontres, la physiologie constituent un matériau d’égale importance à l’inconscient psychique. Je tiens pour un inconscient vitaliste, énergétique, matérialiste, historique. L’appréhension d’une philosophie ne peut donc s’effectuer sur le monde structuraliste et formel, platonicien, comme si le texte flottait dans l’éther, entre deux métaphysique, sans racines, sans relations avec le monde réel et concret. Une méthode de lecture doit donc se peaufiner pour mettre au jour les rouages de ce mécanisme d’égodicée.
J’emprunt el terme à Jacques Derrida qui, dans Donner la mort, crée ce néologisme pour signifier, sur le mode de la théodicée de Leibniz, que tout discours philosophique procède d’une justification de soi. Le philosophe soigne son être, le constitue, le structure, le solidifie et propose ensuite son autothérapie comme une sotériologie généralisée. Philosopher, c’est rende viable et vivable sa propre existence là où rien n’est donné et tout reste à construire. Avec un corps souffrant, chétif et malingre, Epicure consturit une pensée qui lui permet de bien vivre, de mieux vivre. En même temps, il propose à tous une nouvelle possiblilité d’existence.
La tradition philosophique refuse de faire de la raison l’improbable fleur de pareil terreau corporel ; elle récuse la matérialité des destins et la mécanique, complexe, certes, mais mécanique tout de même, de l’être ; elle se cabre à l’idée d’une physique de la métaphysique ; elle tient pour hétérogène à sa discipline toutes les autres activités, qui plus est les activités triviales se souciant de la matière du monde ; elle demeure platonicienne et sacrifie au fantasme d’une pensée sans cerveau, d’une réflexions sans corps, d’une méditation sans neurones, d’une philosophie sans chair, directement descendue du ciel pour s’adresser à la seule et unique partie de l’homme qui échappe à l’étendue, l’âme…
Contre la psychanalyse existentielle sartrienne, le structuralisme des années soixante-dix a lancé les derniers feux de cette asthénie méthodologique ; contre le matérialisme des corps, la phénoménologie de la chair rajoute de la théologie et de la scolastique, puis augmente la fumée entre le réel et la conscience qu’on peut en avoir ; contre le renfort extraordinaire de la pensée scientifique - la neurobiologie entre autre -, le spiritualisme fait de nouveau émule. Jamais autant qu’aujourd’hui une philosophie du corps existentiel n’a eu pareille urgence. » p70-72
Le cosmos modalité du local :
Sa matière engrange des énergies considérables à même de faire plier, ployer, casser un être en deux. Des forces, des tensions, des nœuds ontologiques travaillent sans cesse l’intérieur de cette machine pas seulement désirante mais aussi nucléaire - à tous les sens du terme. L’enfance, mais avant elle-même, la préhistoire inconsciente, accumulent des informations comme autant de charges électriques qui entrent en relations conflictuelles. La résolution de ce conflit suppose ce hapax existentiel : ce moment signe l’issue favorable et heureuse à ce qui, sinon, aurait probablement détruit l’être.
La psychanalyse freudienne, et ses rejetons divers, focalise sur un mécanisme psychique autonome bien trop peu en relation avec la matérialité de l’histoire. L’époque, la famille, le lieu, le milieu, l’éducation, les rencontres, la physiologie constituent un matériau d’égale importance à l’inconscient psychique. Je tiens pour un inconscient vitaliste, énergétique, matérialiste, historique. L’appréhension d’une philosophie ne peut donc s’effectuer sur le monde structuraliste et formel, platonicien, comme si le texte flottait dans l’éther, entre deux métaphysique, sans racines, sans relations avec le monde réel et concret. Une méthode de lecture doit donc se peaufiner pour mettre au jour les rouages de ce mécanisme d’égodicée.
J’emprunt el terme à Jacques Derrida qui, dans Donner la mort, crée ce néologisme pour signifier, sur le mode de la théodicée de Leibniz, que tout discours philosophique procède d’une justification de soi. Le philosophe soigne son être, le constitue, le structure, le solidifie et propose ensuite son autothérapie comme une sotériologie généralisée. Philosopher, c’est rende viable et vivable sa propre existence là où rien n’est donné et tout reste à construire. Avec un corps souffrant, chétif et malingre, Epicure consturit une pensée qui lui permet de bien vivre, de mieux vivre. En même temps, il propose à tous une nouvelle possiblilité d’existence.
La tradition philosophique refuse de faire de la raison l’improbable fleur de pareil terreau corporel ; elle récuse la matérialité des destins et la mécanique, complexe, certes, mais mécanique tout de même, de l’être ; elle se cabre à l’idée d’une physique de la métaphysique ; elle tient pour hétérogène à sa discipline toutes les autres activités, qui plus est les activités triviales se souciant de la matière du monde ; elle demeure platonicienne et sacrifie au fantasme d’une pensée sans cerveau, d’une réflexions sans corps, d’une méditation sans neurones, d’une philosophie sans chair, directement descendue du ciel pour s’adresser à la seule et unique partie de l’homme qui échappe à l’étendue, l’âme…Contre la psychanalyse existentielle sartrienne, le structuralisme des années soixante-dix a lancé les derniers feux de cette asthénie méthodologique ; contre le matérialisme des corps, la phénoménologie de la chair rajoute de la théologie et de la scolastique, puis augmente la fumée entre le réel et la conscience qu’on peut en avoir ; contre le renfort extraordinaire de la pensée scientifique - la neurobiologie entre autre -, le spiritualisme fait de nouveau émule. Jamais autant qu’aujourd’hui une philosophie du corps existentiel n’a eu pareille urgence. » p70-72
Le cosmos modalité du local :
« Depuis le premier pas sur la lune en juillet 1969 qui permet l’image de la Terre vue de l’astre froid, nous savons le cosmos l’une des modalités du local… » p 88
Pardon aux Lévinassiens :
Pardon aux Lévinassiens :
« La morale n’est pas une affaire théologique entre les hommes et Dieu, mais une histoire immanente qui concerne les hommes entre eux, sans nul autre témoin. L’intersubjectivité mobilise des représentations mentales, donc neuronales : autrui n’est pas un visage -pardon aux Lévinassiens -, mais un ensemble de signaux nerveux actifs dans un appareillage neuronal. Si le réseau câblé n’a pas été fabriqué en amont -par les parents, les éducateurs, les enseignants, la famille, le milieu, l’époque… - aucune morale ne sera possible. p 105
Eviter l'enfermement :« Certes, plus personne ne croit à une ligne de partage claire et nette entre normal et pathologique, raison et folie, santé mentale et trouble du comportement. L’asile enferme un certain nombre de personnes, pas toute comptables du système carcéral, et d’aucun, nombreuse, pouvant s’y trouver, occupent des places stratégiques dans la société de tous les jours, Mieux : certains grands malades gèrent leur mégalomanie, leur hystérie, leur paranoïa dans des activités socialement respectables. Gens d’ordre et d’autorité, politiciens professionnels, histrions de la société spectaculaire, hystériques de la scène culturelle planétaire permettent des sublimations utiles pour éviter à leur protagonistes les joies de l’enfermement… »p 108
