mardi 11 novembre 2014

Gagnée... ( poèmes : Antonia Almoric)

D'échec en défaite,
Disqualifiée,
Je ne m'imagine pas,
En trophée à emporter,
En prix à convoiter,
Timbale à décrocher,
Pompon à arracher...
Lot de consolation.



Comment se reconnaître ?
Se retrouver ?
Objet de convoitise,
Changée...
En récompense,
En attente,
D'un vainqueur ?
D'un champion ?
Gagnée par...
Ce que l'on a perdu ?



Et puis après,
Quand on s'est occupée,
Ailleurs, autrement,
Quand on n'en est plus là...
On en est pas resté à ça,
Ayant fait avec,
C'est-à-dire sans,
Mais "sans" avec,
Quelque chose
Avec qui, avec quoi,
Il a fallu faire avec.
Qu'est-ce que je pouvais faire ?
En y arrivant... ou pas,
Je n'en suis pas restée,
Là où j'en étais,
Là où vous en étiez.



Comment dire?
Si je n'ai pas échouer,
Qu'est-ce que j'ai gagné,
D'autre que rien ?
Je n'avais rien à gagner,
Et j'étais d'accord,
Mais d'accord pour rien...
Pas plus,
Pour le reste,
Je n'y suis pas,
Je n'y suis plus.



Mais après tout ...
N'avez-vous pas obtenu,
Ce que vous cherchiez,
A votre façon, sans moi,
N'êtes-vous pas arrivé,
A ce que vous vouliez ?
Et vous n'avez pas eu besoin de moi,
Je ne vous ai pas manqué,
Je n'étais pas nécessaire...
Bien au contraire,
Il fallait
Que je m'efface,
Je devais disparaitre,
Me faire oublier...
Mettre une croix sur moi.
Est-ce que j'en ai pas fait assez ?
Et vous revenez...
Pour soulever, remuer, déterrer quoi?
Qu'est-ce que vous cherchez qui n'est plus là ?



Mais de toute façon ,
Ce que vous vouliez
Je le voulais aussi,
Pour vous,
Autant que vous
Peut-être plus que vous,
Vous ne pouviez pas le savoir,
Mais j'étais d'accord,
Et jusqu'au bout,
Je n'ai pas varié.
Il y avait avec vous,
Pas de place pour moi,
Et je ne vous ai pas gêné.
Ce que vous vouliez,
Je le voulez aussi,
Pour vous,
D'une certaines façon...
Compris comme ça,
J'étais encore avec vous,
Et quand même pour vous,
Et tout du long de votre coté,
C'était tout, et mieux que rien.



Tout ou rien et pas moins,
Aussi comprenez que
Je ne peux, ne veux rien savoir de vous,
Si c'est pour savoir que,
Où je suis, vous n'y êtes pas,
Et si vous n'êtes pas,
Avec moi et de mon côté... 
Pour moi.



Exiger l'impossible,
Ce que personne ne demande à personne.
Comme ce que vous ne m'avez pas demandé,
Sachant que je voulais tout ce que vous vouliez,
Prête à tout, pour vous,
Même si, ce que vous vouliez :
C'était de ne pas changer votre vie...
Et continuer votre vie comme avant...
Je vous dérangeais, pardon,
Et j'ai essayer de le comprendre... désolée,
Toutefois, sans moi, vous n'y pouviez rien,
Et je pouvais vous aider... j'étais d'accord,
Certes vous ne m'avez rien demandé.
Et puis vous avez continué votre vie...
et vous y êtes bien arrivé... seul,
Où vous vouliez arriver,
Sans rien demander à personne.
Tandis que moi,
J'ai pas... continuer ma vie,
Comme si c'était possible...
Je n'ai pas pu continuer ma vie,
C'était IM-PO-SSI-BLE !



Essayez de comprendre,
Imaginez comment c'est,
Vu d'où je suis,
Comme je vous vois,
Tout, tel que vous êtes,
Mettez-vous à ma place.



Est-ce que l'on va bien ensemble ?
Sachant que je ne vous suis pas,
Et vice versa,
Et puis vous n'êtes pas passé,
Par où je suis passée,
Sans être arrivée,
Je n'en suis pas restée,
Où j'en étais.



Là, en pensant d'abord à vous...
Je me représente en chimère, en figure diffuse qui secrète des certitudes et vérités au-dessus d'elle, qui n'engagent qu'elle, au regard de la désillusion devant la pure et dure réalité...


Et puis je me dis que d'un autre côté, c'est là un paradoxe d'écrivain : quand on écrit (écrire en passant ou gravé dans le marbre-la pierre) à d'autres que soi qui, ambiguës, irrésolus ou incertains, ne vous ont jamais répondu, sinon dans leur propre imagination et sans faire la part du rêve ou de la réalité, à ceux-là qui, après, amers ou déçus s'en viennent, après, se plaindre de vous et vous reprocher cette parole pure et dure, gagée en direction d'un songe informe, sans substance ni consistance. Guérir de cela...


Et guérir de sa parole donnée une fois pour toute. Une parole envoyée hors soi, lancée en avant, risquée au devant de, vers... où on ne vous entend pas, on ne vous répond pas, avec personne pour la recevoir, une parole ratée, insensée, qui fait erreur, n'a pas d'adresse, de sens et qui s'est perdue... et n'arrive pas...