Avec Bobin, il y a définitivement une poésie du Creusot,
creuset alchimique, où petite ville (du 71, Saône-et-Loire, Bourgogne) et vie s'affirment habitées d'oiseaux, de
livres et d'instants rares égrainés au fil de l'écriture et des saisons.
Il y a des livres invincibles qui ne craignent rien, pas même
que leur fin soit livrée aux futurs lecteurs. C'est l'ultime phrase : "La
poésie c'est la grande vie" qui éclaire rétroactivement le titre de
couverture : La Grande vie de
Christian Bobin. Une grande vie, une seule, qui englobe un Creusot local et
toute la vie, où la vie de l'auteur s'inscrit en poésie de livre en livre, en
une écriture qui se dépose, rais de soleil sur la page pour faire
danser l'invisible, éclairs subreptices ou moments de plénitudes…
Peu importe si aujourd'hui, on n'écrit plus de lettres,
Bobin écrit des livres comme un d'enfants qui "jette la balle de l'autre
côté d'un mur". Ses livres sont des lettres aux chers disparus, des
nouvelles d'ici-bas données
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| Photo Cath. Hélie, Ed Gallimard |
aux plus proches de l'autre côté, dans l'au-delà : le père
ou la mère, la femme aimée ou bien les fidèles compagnons de route: écrivains,
poètes ou philosophes familiers, avec Malarmé qui bégaye la disparition de son
fils, Junger qui pose un marronnier en fleur dans la débâcle de mai 1944 ou Jean
Genet venu à l'écriture, par un livre de Ronsard trouvé à la bibliothèque de
Metttay…
Chez Bobin, l'évidence est un ailleurs, comme si on ne
choisissait pas son livre, mais le livre qui nous choisissait, entre élection
et supplication, voire prière… expérience intérieure et spirituelle, moins
élévation qu'approfondissement : "Un
livre nous choisit. Il frappe à notre porte. La charité, monsieur. La charité
de me donner tout votre temps, tous vos soucis, toutes vos puissances de
rêverie."
Christian Bobin, La
Grande vie, Gallimard, 12€90, 134 pages, 2014.

