lundi 9 mai 2011

De l’utilité de la chasse

Il ne doit donc jamais détourner sa pensée de l’exercice de la guerre, et dans la paix s’y doit plus exercer que dans la guerre ; ce qu’il peut faire de deux façons : l’une par les œuvres, l’autre par l’esprit. Pour les œuvres, outre qu’il tiendra ses gens bien réglés et exercés, il doit sans cesse aller à la chasse, et par là accoutumer son corps à la peine, et en même temps apprendre la nature des sites et connaître comment s’élèvent les montagnes, comment s’ouvrent les vallées, comment s’étendent les plaines, et comprendre la nature des fleuves et des marais, et à tout cela apporter le plus grand soin. Cette connaissance est utile de deux façons : d’abord on apprend à connaître son pays, et l’on peut mieux en entendre la défense, ensuite, moyennant la connaissance et pratique de ces sites, comprendre facilement tout autre site qu’il lui faudra nouvellement reconnaître : car les collines, les vallées, et plaines, et fleuves, et marais qui sont, par exemple, en Toscane, ont avec ceux des autres provinces certaines similitude ; si bien que de la connaissance du paysage d’une province, on peut facilement  venir à la connaissance des autres. Et le prince qui n’est pas expert dans cette partie, il lui manque le premier bagage que veut avoir un capitaine : car c’est lui qui enseigne à trouver l’ennemi, prendre ses quartiers, conduire les armées, les mettre en ordre de bataille, assiéger les villes à ton (sic) avantage. Le Prince, Machiavel, p 128, GF Flammarion