mardi 24 mars 2009

ROLLAND DUTEL

L'ART DE L'INCRUSTE
A DIEULEFIT (Drôme)

D’abord catalogué parmi les artistes de l’« art brut », Rolland Dutel ne renie pas ses débuts, mais aujourd’hui il s’en est éloigné par sa pratique et sa culture appropriée de cet art. « Je viens de là, les choses me sont tombées dessus comme ça ». Certes, en route, il a voulu changer de direction, mais ça revient. « Mon travail est moins brut qu’il y a 20 ans, mais -il le répète- il y a des choses qui reviennent de la même manière : représentation humaine, femme, couple, bestiaire... biens à moi, ce qui n’empêche pas que de nouveaux éléments voient le jour ».
C’est un exercice à la fois ludique et anecdotique, que de vouloir rechercher les éléments disparates de récupération incrustées dans les œuvres de Rolland Dutel, mais c’est aussi un critère d’estimation de l’œuvre, dans le sens où vils débris et vulgaires rebuts du départ (tessons, bois flottés, fers rouillés) sont comme anoblis, transcendés par le travail de l’artiste, tel le travail de l’alchimiste. L’exposition solo présentée actuellement, à la Galerie Emiliani, est basée sur les montages en reliefs (peu de peintures) et les sculptures modelées en terre, avec des plats en céramique décorée, plus quelques tirages en bronze. Travail d’un an et demi, pour 50 pièces nouvelles, quelques-unes sont de formats assez grands, les plus grands faits à ce jour. C’est presque un retour aux sources pour Rolland Dutel, puisque il a beaucoup peint entre temps. Est-ce pour cela que son travail particulièrement coloré s’apparente par certains côtés à l’enluminure ? En tout cas on remarque que tous ces éléments disparates, montées / assemblées,  offre un  résulatat d'ensemble particulièrement fini et équilibré.
Qu’est-ce que c’est ? Quand on lui demande, Rolland Dutel esquive l'explication pour éviter ces sortes de réponses trop rationnelles qui ne laissent plus guère de place à l’appropriation des œuvres par chacun. Pour Dutel, l’œuvre faite prend une vie qui lui est propre, l’œuvre d’art n’est pas une vérité, chacun peut voir quelques chose de différent. Tandis qu'en même temps, l'artiste déclare, un « Je ne fais pas n’importe quoi ! » qui vient pallier à tous reproche eventuel. Avec ses sculptures modelées Dutel réussi un travail original, dans un milieu où toucher à la terre crue, la cuire et l’émailler reste une prérogative de savoir-faire qui s’apparente à la tradition, un métier, voir une petite industrie... On est à Dieulefit. Ceci dit on peut épiloguer sur la taille modeste et la présence presque marginale dans l’exposition de ces sculptures presque reléguées à l’office de bibelots derrière des vitrines. Modelés en terre, cuite et émaillée, les petits ou grands personnages de Dutel, informe, difforme, malléables évitent curieusement toute tentative de répétitions, chaque sculpture est intrinsèquement inédite, renouvelée à la fois poussée végétale de terre, affleurement et fleurissement de couleur.
Né en 41, Rolland Dutel a commencé à créer, il y a 35 ans, mais le véritable départ c’est fait en 1988, un tournant négocié à Dieulefit. Ironie du sort, alors qu'il veut tout arrêter, le déclic à lieu, soudain plus de pression, le regard des gens… Une porte s’était ouverte : le destin. « J’étais dans ce que je devais faire dans mon passage dans ce monde (...) Il n’y a jamais un jour où je me demande ce que je vais faire. Je vais à l’atelier et je fais ! Quitte, à amener les pièces, là, où il y a des difficultés, pour voir ce que seront les solutions ».

Rolland Dutel a commencé à exposer avec Serge Emiliani en 1995-94, à Dieulefit, puis chez Michèle, sans interruption. Ici, 15 ans après, il eItalicst de retour dans la galerie de Serge (maintenant décédé) sans lui… Artiste plutôt provincial, et définitivement associé à Dieulefit, Dutel a réussi à faire sa place. De plus en plus sollicité, on vient d’avantage à lui, que l’inverse, dans une époque où les pratiques de la reconnaissance des artistes et les arguments de légitimité passent par des institutions et débouchés (privés ou publiques) de la capitale et même de l’international.

Marie-Claude Jarrias

A voir à la Galerie S Emiliani, le Parol, Allée Promenades à Dieulefit, tél. : 04 75 46 30 28.
Ouvert le vendredi, samedi et dimanche jusqu’au xxx , de 15H à 18H30.