samedi 19 avril 2014

Digest Littéraire


Glané...

Un brouillon de Chateaubriand ?
On a retrouvé un inédit de Chateaubriand, une Lettre sur l'Institut de la main même de Chateaubriand, en vente aux enchères à Lyon, préempté au nom de l'État pour l'institut de France (Académie française). C'est un manuscrit de quinze pages, avec additions et correction, avec découpes et collages… Il provient des descendants de Jean-Pierre Louis de Fontanes, écrivain et ami de Chateaubriand. Il va rejoindre, à la bibliothèque de l'Institut, le Discours de réception de Chateaubriand, élu le 21 février 1811, au fauteuil de Marie-Joseph Chénier. Discours qu'il ne prononça jamais, quoique publié. Contrairement à l'usage qui pousse à faire l'éloge de son prédécesseur, Chateaubriand  se refusa à louer Chénier le Jacobin, préférant souligner les talents de son frère, le poète royaliste André Chénier, s'appesantissant surtout sur le régicide… Napoléon, qui avait poussé Chateaubriand, à l'Institut, aurait corrigé le discours de maints traits de plume en révisant son jugement sur l'écrivain inflexible :"Ne me parlez plus de votre Chateaubriand, j'honore son talent comme écrivain, mais c'est un brouillon et je n'en veux plus pour mes affaires". (réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14)

La croix et le croissant, François Taillandier
Stock, 259 p, 19 €
C'est un deuxième volet de la suite médiévale entreprise par l'écrivain après L'Ecriture du monde. C'est une restitution romanesque d'une époque charnière avec la naissance de la dynastie carolingienne, avant l'avènement de Charlemagne. La Croix et le Croissant tiendrait dans la façon dont chaque camp est attaché à raconter cette histoire.  "Nous avons là affaire (…) à l'intrusion de l'introspection proustienne dans le manuel d'histoire", écrit Sébastien Lapaque, qui finit son article par un : "Lisez Taillandier". (réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14)


Des GI's et des femmes, Mary Louise Roberts
Traduit de l'anglais par C Deniard et L Drouet, Seuil, 410p, 22€
Lorsque les GI arrivent à la libération, ils ont l'image d'un pays laissé sans défense, vidé de ses habitants. Il semble n'y avoir que des femmes, des enfants et des vieux. Gagner la guerre, c'est ramener le sourire sur le visage de la Française. Une fois excitée, la libido des GI se révélera difficile à contrôler. Aux soldats libérateurs Paris se présente comme un paradis où s'assouvissaient tous les désirs érotiques… Pour l'auteur la Libération a été une grande joie, mais a laissé un goût amer aux Français avec un impact profond sur les relations entre les deux nations. (réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14)

Une vie en crobards, Jacqueline Duhême, Gallimard 190 p, 19,90€ C'est l'histoire autobiographique de l'illustratrice bien connue, amie de Prévert qui a illustré Grain d'aile d'Eluard, seul livre qu'il est écrit pour les enfants. On le sait moins, Jacqueline a commencé comme assistante de Matisse (expo Matisse à Londres, 2014 : "The most comprehensive exhibition devoted to Henri Matisse's paper cut-outs. London is first to host, before the exhibition travels to New York at the Moma".), et devient amie de Prévert. Poursuivant  sa carrière dans le journalisme, elle est engagée par Hélène Lazareff, comme illustratrice pour Elle, chargée de trouver des idées pour les pages enfants, baby-boom oblige. Lors de la venue du couple Kennedy en France, Jacqueline illustre la visite présidentielle pour leur fille Caroline restée à Washington, six pages pleines dans Elle et une amitié avec Jacky s'ensuit. Les dessins sont aujourd'hui au Musée à Boston (et reproduit sous format de livre d'enfant, bien connu en Amérique.) (réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14)
 

Correspondance Sollers - Rollin 
Dessin Dominique Rollin 1977
Une annonce : Philippe Sollers a confié à la Bibliothèque royale de Belgique l'intégrité de sa correspondance avec Dominique Rollin disparue en 2012 qui était Belge… 10 000 lettres échangées entre 1958 et 2008. Une publication d'envergure et envisagée. Selon le directeur de la Bibliothèque royale, Patrick Lefèvre : "Il s'agit d'une correspondance assez unique, une mine pour l'histoire littéraire du XXe siècle tant belge que française. Une aventure certes très différente de celle entre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais demême envergure et de même qualité." (réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14)


La Mécanique du rire autobiographie d'un génie comique, Buster Keaton
Editions Capricci, 324 p, 222€, trad. M Lebrun
Vu dans le supplément Le Figaro et vous, une "passionnante autobiographie" d'un monde révolu, l'âge d'or du comique burlesque, l'univers de Hollywood, le passage du cinéma muet au "talkie" qui se lirait comme un roman…  (Réf. Le Figaro littéraire du 17-04-14).
Livre numérique
A la faveur d'une interview, alors que toutes les questions tournent autour du quasi-monopole Amazon qui écrase toute concurrence, Macha Séry, du Journal Le Monde, interroge l'auteur au sujet de la réduction de la diversité dans le panorama éditoriale. Or, il n'en est rien... "On a plutôt assisté à une sorte d'âge d'or des petites maisons indépendantes grâce aux nouvelles technologies, ce qui inclut l'e-book, mais aussi l'impression à la demande. Elles permettent de compenser la faiblesse du circuit de distribution. Cette floraison a eu pour effet de combler le vide éditorial laissé par les gros éditeurs, qui préfèrent se focaliser sur les best-sellers et ont lâché ce qu'on appelle les auteurs mid-list, les écrivains disposant d'un lectorat de taille moyenne. Quelques-uns ont choisi, ou ont été forcés de se lancer dans l'autopublication. Le nombre de livres exclusivement publiés en version numérique décrit une courbe exponentielle. Et cela va continuer, sous l'essor de l'auto-édition. Des sites comme Smashwords publient des milliers de titres tous les jours. Dès que l'un d'eux rencontre le succès, un gros éditeur met la main dessus." L'interview se termine sur ce qui serait un problème majeur du développement du livre numérique… l'existence de liseuses aux standards différents. L'an passé, une entreprise était sur le point de lancer une application qui permettait de lire tous les formats. Elle en a été dissuadée. La Guerre du livre numérique, Andrew Richard Albanese, trad. C Molotchkine, 80 p, 12,90€. (Le Monde des livres du 18-04-14)

Tel un rappel...
En son article, le critique E Anheim pose un : "ne pas oublier que, pour Saint Louis, gouverner le royaume et se gouverner soi-même et une seule et même chose"… à propos du livre de Marie Dejoux, Les enquêtes de Saint-Louis. Gouverner et sauver son âme, PUF, "le nœud gordien", 176 p, 27€. Tandis qu'un peu plus loin, il continue :
"A la différence de l'Angleterre, cette opposition (du roi seul pourvu des attributs de la souveraineté), construite à partir du XIIIe siècle, marque durablement la royauté française et tient les femmes à l'écart du trône de France, ce dont la redécouverte de la loi salique (qui les exclut de la succession), au XIVe siècle, n'est pas la cause, mais la conséquence."
Au sujet de La Reine au moyen âge, Le pouvoir féminin de Murielle Gaude-Ferragu, Taillandier, "Histoire de…" 352p, 23,90€. (Le Monde des Livres du 18-04-14)